Actualités Côtes d'Armor

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Histoire du Manoir des Portes-Bouilly

Le premier seigneur déclaré des Portes en Maroué fut François de Vaucouleurs, seigneur de Lanjamet, de la branche cadette de cette famille bien connue en Penthièvre, branche qui portait « d’argent à l’aigle impériale », qui est Lanjamet, chargée en cœur d’un écusson « d’azur à une croix d’argent », qui est Vaucouleurs. 

Dès 1381, Geoffroy de Vaucouleurs ratifie le Traité de Guérande parmi les nobles de Lamballe ; en 1392, Jean de Vaucouleurs est receveur de la seigneurie de Lamballe, avec 65 £ de gages ; en 1405, on trouve Bertrand possessioné en Andel ; en 1427, Jacques de Vaucouleurs paraît comme noble dans la réformation des fouages de Maroué, puis, en 1437, il prête serment de fidélité au duc et paraît à nouveau dans la réformation de 1440 à Saint-Sauveur. 

Jean de Vaucouleurs, seigneur de Lanjamet et de La Poterie, fils de Julien et de Marie Le Vicomte, ordonnance du duc, paraît en 1469 pour ses terres de Maroué à la montre de Moncontour, à la réformation de 1476, puis à nouveau à une montre de Maroué en 1480, pour 300 £. Il épouse en 1476 Jeanne de Quedillac dame et héritière de Taden, fille de Robert de Quedillac et de Jeanne Sevestre. C’est lors de la réformation de 1535, que leur fils François de Vaucouleurs, seigneur de Lanjamet, paraît parmi les nobles pour la maison & métairie des Portes en la dîmerie de La Poterie, de la paroisse de Maroué (8 mars 1536). Il épousa Gilette de Bourgneuf dont il aura deux fils, Jean, mort sans postérité, et Georges qui lui succédera.
Lors de cette même réformation, Guillaume Bouilly, non noble, paraît pour les maisons & métairies de la Ville-Glé, qu’il avait acquises avant 1529, et celles de La Morandays qu’il avait acquise en 1530, année de son mariage avec Julienne Bertho, fille des seigneurs de Lescouët (en Lamballe et à La Moglais)
Georges de Vaucouleurs, écuyer & seigneur de Lanjamet, vend le moulin de la Planche, les maisons, pourprix, manoir, domaine, & métairie des Portes, bois de haute futaye et autres dépendances (contenant 3/4 journal) ainsi que la chapelle St Yves et, à la suite, onze pièces de terre qui semblent dépendre de la maison des Portes, à Guillaume Bouilly, seigneur de la Villeglé, le 1er avril 1537. L’acte de vente stipule que la maison noble et la métairie des Portes joignent à la terre de Thébaut de Quéanguen, La Motte Gouranton, premier manoir seigneurial de La Poterie, qui a peut-être donné à la métairie l’avoisinant le nom des Portes, laquelle serait devenue « Les Portes-Bouilly ». Le même acte nous indique qu’il entre en possession des Portes dès le lendemain. 
Aux Portes, Guillaume fait d’abord construire une grande longère, composée seulement d’un rez-de-chaussée avec de nombreuses pièces réparties de part et d’autre d’un « vestibule » , surmontée sur la partie nord d’un grenier à foin ; l’autre partie était réservée à des mansardes. Ce bâtiment, longtemps appelé « le château » , était terminé dans sa partie sud par un double porche - porte cavalière et porte piétonne, le tout accoté au mur d’un vaste jardin potager.
Les origines de la famille du Bouilly sont peut-être à rechercher en Jean Gasnart, surnommé Bouilli, poursuivant d’armes du seigneur de la Hunaudaye, à qui le duc François II donna des terres en 1487 (Dom Morice, Preuves, III, 565). Guillaume qui avait prit le nom de seigneur de la Morandais après l’acquisition du fief de ce nom en Maroué et acheté ensuite les Portes, est en fait le premier personnage bien connu de la famille. Il a deux fils, René et Gilles. René épouse Catherine de Bréhant dont il aura Guillaume (deuxième du nom), futur grand homme de la famille, d’abord lieutenant civil et criminel du Penthièvre, pour 10 £ par an, puis alloué de la sénéchaussée.
En 1556, Jean de Brosse, Gouverneur de Bretagne, confirme à Gilles les droits de moyenne justice du fief des Portes, ainsi que le droit de colombier, de moulin à eau et prééminences absolues en la chapelle Saint Yves de La Poterie et une portion de landes, dites les landes des Portes, de 40 journaux, avec quatre sous de rente due par chaque po-tier pour chaque « roë », sans préjudice du droit appartenant au comte de Penthièvre dans le même village.
Guillaume II du Bouilly fut un des personnages considérables de son époque. Il paraît pour les Portes lors de la réformation de 1569 parmi les arquebusiers à cheval, épouse Guillemette de Coëspelle la même année (et non en 1579, comme certains auteurs l’ont indiqué, ses deux fils Guillaume et Gilles étant nés en 1573 et 1575.
L’achat du manoir de la Motte Gouranton pris place entre 1579 et 1583. En effet, un acte de vente en date du 9 octobre 1579 par Raoul de Queauguen et demoiselle Françoise Jorel sa femme à noble homme Jean Maupetit, seigneur de la Guérande, indique la maison et métairie de la Motte, bois de haute futaie, seigneurie et fief, juridiction haute et moyenne, moulin à eau, étang, colombier, chapelle et autres dépen-dance du dit lieu de la Motte, et dans les landes de Lanjouan une mazière et maison avec dépendance, un fief s’étendant au village de la Potterie. Il semble qu’il s’agit bien du même fief dont Guillaume du Bouilly se rendit acquéreur peu après « avec appartenances et dépendances de manoir et métairie, attaches de moulin à eau et d’estang, colombier et garennes » selon l’aveu qu’il rendit cette en 1583 pour l’ensemble de ses terres.
Il sera alloué à Lamballe (adjoint du sénéchal), se distingua dans les armées royales et fut, en remerciement, pourvu en fin de carrière de l’office de sénéchal de Jugon. Le 22 juin 1587, le roi Henri III le nom-ma chevalier de l’ordre de Saint-Michel (il reçoit le collier des main du baron de La Hunaudaye, chevalier du même ordre), et lui délivra des « lettres d’anoblissement très flatteuses, avec l’autorisation de s’appeler du Bouilly ». Ces lettres furent enregistrées au Parlement de Bretagne, registre 8, folio 227. La même année, Guillaume du Bouilly est autorisé par Marie de Beaucaire, comtesse de Beaucaire et de Penthièvre, à bâtir à Lamballe une chapelle dans l’église des Augustins Lamballe où il fut enterré ainsi que son épouse, ainsi que dans la chapelle de l’Ave Maria à Lamballe. Les du Bouilly porteront « d’azur à la bande d’argent, accostés de deux croissants de même ».
Sa fortune a considérablement augmenté au cours de sa carrière : il va acheter de nombreuses terres dans les environs, après celles de la Motte Gouranton, comme les fermes de la Mare, de Bien-y-vient, du Chauchix-rio, de la Ville-Léon, de La Ville-Gaudu, de la Mare-Adam, Le Prest, Le Val-Aubin, La Bretonnière, La Baudramière, puis le Pont-Grossard en Maroué, Le Val en Meslin et le château de Bonabry en Hillion, où résidera son fils Gilles, qui donnera la branche des du Bouilly Turcan d’Obtaire, marquis du Renou, qui comptera plusieurs Conseil-lers au Parlement de Bretagne.
C’est lui qui va embellir les Portes, en utilisant probablement en réemploi des pierres provenant de La Motte Gouranton (sans doute une des cheminées et la porte Renaissance), et en faire le beau manoir que nous connaissons aujourd’hui. La conciergerie et le double portail cachent aux regards la longue façade sur cour du manoir de la fin du XVIème siècle, avec sa porte principale Renaissance, si souvent reproduite, avec ses deux remarquables colonnes en ronde-bosse.
A sa mort en 1598, Les Portes passent à son fils Guillaume (troi-sième du nom) (1573-1641) qui épouse en 1605 Marguerite de Rosmadec, dame de Trébry, cousine germaine de Sébastien de Rosmadec, le père de Catherine de Rosmadec, dame de la Hunaudaye et future épouse de Jean de Rieux. Cette alliance avec une des plus grandes familles de la noblesse bretonne prouve à quelle hauteur les du Bouilly s’étaient hissés en deux générations. Une sœur de Guillaume du Bouilly, Jeanne, avait épousé Jacques de Forsanz, gentilhomme ordinaire de la cour du roi, gouverneur de Dinan et du château de la Hunaudaye, admis dans l’ordre de St Michel sous le règne du roi Henri IV. Nous restons parmi les familles importantes du pays et cela va se traduire bientôt par l’achat d’un domaine plus prestigieux.
C’est peut-être aussi cette nouvelle position qui poussa Guillaume à vouloir mettre aux Portes une tour de défense en 1619 - mais la du-chesse de Mercœur le leur défendit : Guillaume n’avait pas les faveurs de la duchesse. Craignait-elle la puissance croissante d’un de ses vassaux ? Il meurt en 1647, après son fils aîné Mathurin (1607-1637), mort ac-cidentellement. C’est son fils cadet, Sébastien (1619-1669), qui devient seigneur des Portes. Il avait épousé Elisabeth de Bréhant (née en 1621). Marguerite de Rosmadec (sa mère) vit encore et sera la douairière des Portes jusqu’à sa propre mort en 1655.
En 1661 les du Bouilly achètent le manoir de la Moglais au Conseiller du Bouexic de la Chapelle et s’y installent peu après. Leur fils Guillaume (1643-1680), vécut d’abord à la Baudramière, puis à La Mo-glais après son mariage avec Renée Pezron de Pénélan, bourgeoise de Quimperlé, anoblie en 1699. Il en eut quatre enfants, dont Jérome (1677-1739) qui épouse Marie-Hélène de l’Aage. C’est Jérome ou son fils Guillaume-René (1706-1792) qui font bâtir un château à La Moglais en lieu et place de l’ancien manoir.; ces derniers ne sont donc plus aux Portes qui reviennent à la branche aînée, issue de Mathurin.
On y retrouve le fils aîné de Mathurin, également prénommé Guil-laume, jusqu’à sa mort en 1676. Il avait épousé Guillemette du Poulpry vers 1666, dont il laisse des enfants encore mineurs. Nous n’avons pas réussi jusqu’à présent à déterminer quelle fut la succession précise de seigneurs des Portes pendant les vingt dernières années du XVIIème siè-cle. Il est sûr que la s?ur aînée de Guillaume, Jeanne du Bouilly, veuve du Vicomte de Pirruy, s’y installa en attendant la majorité des enfants de Guillaume et de Guillemette du Poulpry. Mais à sa propre mort en 1689, ces derniers sont encore jeunes : Joseph n’a que quinze ans et Renée-Marguerite dix-sept. Joseph meurt en 1697, sans avoir été marié. Il semble cependant qu’il ait été seigneur des Portes avant sa mort. Re-née-Marguerite en hérite alors et, la même année, épouse Claude Bos-chier de La Ville-Haslé, fils de Claude, sénéchal de Lamballe. 
Claude-Marie Boschier succède à ses parents Claude et Renée-Marguerite Boschier de La Ville-Haslé en 1732, à la mort de sa mère. Elle avait épousé en premières noces Jérome René Geslin de la Ville Solon, son lointain cousin. Leur fille Françoise-Marguerite épousera en 1733 Guillaume-René du Bouilly, seigneur de La Moglais, dont il a été question plus haut, renforçant les liens familiaux. En secondes noces, Claude-Marie Boschier épouse Jean de Nugent en 1725 dont elle a deux enfants : Louise Françoise en 1731 puis Agathe-Renée qui épouse Jean Le Fruglais en 1746 et meurt avant sa mère en 1785. Leurs enfants ayant émigré, Les Portes sont confisquées comme Bien National.
En 1795, elles sont rachetées par Edouard de La Moussaye, leur neveu, qui rachète aussi La Moglais et une grande partie du domaine des La Moussaye-Carcouët ainsi que celui des du Bouilly. Dans l’estimation des Portes, faite le 21 frimaire an III, on relève une « cour devant le premier bâtiment, au midi de laquelle est un jardin cerné de murs, avec un autre petit terrain derrière nommé « l’Orangerie » dans le-quel il y a un bâtiment construit en pierres, sous couverture d’ardoises, sans porte ni fenêtres, et qui servait effectivement autrefois d’orangerie ». 
Les Portes, devenue ferme depuis un demi-siècle au XVIIIème siècle déjà, le restent durant tout le XIXème siècle, propriété des La Moussaye, jusqu’au démembrement qui suivit la mort de Berthe de La Moussaye, Comtesse de Villèle, dernière héritière de cette branche, en 1902. Si son cousin Amaury de La Moussaye put racheter certaines terres autour de La Moglais, ce ne fut pas le cas des Portes qui furent acquises par Madame Nimier, fille de Maître Grovalet, qui dirigeait la vente. Elle les revendit à M. Le Drogoff en 1959 qui leur a redonné vie en y effec-tuant d’importantes restaurations pour y installer un restaurant. Le ma-noir des Portes fait toujours fonction de restaurant. Il est aujourd’hui la propriété de M. Jamin.


Geoffroy de Longuemar – janvier 2007

 

 

 

Sources manuscrites :

Archives Départementales des Côtes d’Armor.
BNF, Nouveau d’Hozier, 326, Vaucouleur, fol 11-20
Généalogies La Moussaye et Actes du Bouilly, Archives de La Moglais, 2005
Généalogie Rosmadec et généalogie du Bouilly, communication de Jean Maugeais, 2007

Sources imprimées : 

Maître Cornillet, Lamballe et Penthièvre, 1823, réimpression 1991
G. de Carné, Les chevaliers bretons de St Michel, 1884 
Jougla de Morenas, Grand Armorial de France.
Henri Frotier de La Messelière, Au c?ur du Penthièvre, 1951
Marcel Hamon, La Poterie, 1969
D. de La Motte-Rouge, Châtellenie de Lamballe, 1977
Louis Baudet, La Poterie, 2001
Eric Lorant et Jérôme Floury, Montres générales et réformations, 2003